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29/01/2011

ANOTHER YEAR


Le fil se déroule, printemps, été, automne, hiver. Le temps passe, lentement; il consolide les couples de longue date tandis que d'autres s'enfoncent toujours davantage dans leur solitude. Autour de Tom et Gerry gravitent les 'maillons faibles' de la société, ceux qui peinent à trouver leur pair: leur propre fils, Mary, une collègue de bureau originale et légèrement envahissante, ou encore Ken, l'ami un peu rustre. Chacun court après l'autre, qui court après l'autre, qui court après une autre, ironiquement. Jusqu'au jour où le fils présente une compagne à ses parents. Les saisons s'enchaînent, Mary devient de plus en plus parasite pour le vieux couple uni et serein, et gênante pour nous aussi. Elle fait mine de s'accommoder de la situation, lève son verre à la vie. En réalité, elle reste là, sur le banc, à regarder d'un air envieux le bonheur des autres, forcée de constater qu'elle n'a, elle, personne avec qui partir en vacances. Mike Leigh nous livre des bribes de vie partagées entre amis, collègues et parents, où les simples joies se mêlent aux épreuves les plus douloureuses. Un reflet pas forcément agréable de l'existence et du monde, un monde où il faut essayer, tant bien que mal, de trouver sa place.

27/01/2011

SKINS US

Skins version US ne sera certainement pas la série de l'année, mais tout au mieux un remake un peu terne de son grand frère British. - du moins c'est ce que laissent envisager les premiers épisodes.
Là où Skins US marque toutefois un point, c'est tout de même sur la B.O., jusqu'ici prometteuse et explosive.


  
A écouter aussi:
- "Not gonna let you" par Randa & the soul kingdom
- "My girls" de Animal collective.

26/01/2011

SOMEWHERE

Arnaque ?! J'ai hésité longtemps, mis deux semaines à me décider parce que je pressentais le navet mais voyez-vous, lorsque j'ai prévu de voir un film, quand bien même les critiques sont plutôt mauvaises, je suis généralement du genre à vouloir me faire mon propre avis sur la chose. Surtout un Sofia Coppola. (Bon, parfois je ferais mieux de m'abstenir.)
Que dire ? Les trois premiers quarts d'heure sont chiants à mourir; ce n'est pas seulement lent, c'est aussi vide: on ne ressent rien. On songe à appuyer sur marche accélérée, ou même à quitter la salle (mais bon, on a payé sa place... et on n'a toujours pas eu droit à I'll try anything at once des Strokes qu'on nous avait promis dans la bande-annonce, alors on se rassoit et on attend.) On finit par rire du pathétique des dialogues et de certaines scènes, de leur volontaire ironie ou absurdité.
Et puis, le film décolle (enfin) dans la dernière demi-heure - ou peut-être qu'on n'attend tellement plus rien qu'on est agréablement surpris par quelques instants lumineux. La scène de la piscine, et puis celle où Johnny joue du piano à sa fille, dans une pièce à la lumière tamisée. Quelque chose se passe chez lui tout à la fin, qui est plutôt intéressant, voire touchant. C'est malgré tout un peu juste pour en faire un film à voir et à conseiller. Même Elle Fanning, annoncée prometteuse, m'a déçue. Sofia Coppola se serait-elle cette fois moquée de nous? J'avais aimé ses trois premières réalisations; Lost in Translation figure même parmi mes films préférés. Lui aussi fait dans la lenteur, à la seule différence que les silences disent encore quelque chose.
Peut-être, après tout, qu'il faut être un peu « égaré » pour pénétrer le cinéma de Sofia Coppola: ce que j'étais à l'époque où j'ai découvert Virgin Suicides ou Lost in Translation... mais que je ne suis plus aujourd'hui. La réalisatrice n'a, elle, visiblement pas envie de grandir.
Conclusion: si vous êtes d'humeur mélancolique... ou alors si êtes passionné(e) de courses automobiles/ avez un goût particulier pour l'ambiance chambre d'hôtel/ aimez voir Stephen Dorff se balader en serviette de bain, courez. Autres cas d'espèces, passez votre chemin.


 (Ou réécoutez de bons classiques)

18/01/2011

INCENDIES

« La mort n'est jamais la fin d'une histoire,
il reste toujours des traces. »



INCENDIES est une quête haletante, un long périple pour braver les secrets, rassembler les morceaux épars et réécrire l'histoire d'une famille.
Tout commence chez un notaire au Canada. Deux jumeaux, Jeanne et Simon, y apprennent les dernières volontés de leur mère, Nawal Marwan. Un testament bien mystérieux qui les mènera jusqu'au Moyen-Orient, dans les villages les plus reculés et déserts, où seule s'agite encore la fumée de l'incendie. D'un lieu à l'autre, de rencontre en rencontre, Jeanne tente de mettre en ordre les évènements pour avancer sur les traces de sa mère, de son père et d'un frère jusqu'alors inconnu.
Après une scène d'ouverture somptueuse sur You and whose army? de Radiohead, le film oscille, avec esthétisme et habileté, entre quête présente et retours en arrière, et rappelle finalement combien déterrer le passé peut s'avérer difficile et douloureux – « Il vaut mieux parfois ne pas tout savoir » dira le surveillant de Kfar Dyat. Mais peut-être est-ce le prix à payer pour vivre en paix avec soi-même.

Film canadien de Denis Villeneuve, adapté de la pièce du libanais Wajdi Mouawad parue en 2003.

23/12/2010

CORRESPONDANCE WOOLF - SACKVILLE-WEST

Tout bonnement délicieux. Une correspondance qui nous emmène ailleurs, quelque part entre Londres et la Perse, dans ce nid douillet qu'est l'amour. Les deux femmes passionnées et passionnantes, ne se lassent pas de se séduire avec les mots. On plonge aussi dans l'Angleterre du début du XXème, ses dîners mondains et son effervescence artistique, et trouve une réflexion intéressante des deux écrivains sur leur style littéraire et leurs œuvres respectives (de la poésie pour Sackville aux romans de Woolf, en particulier Orlando). Les lettres se dévorent les unes après les autres, avec la même jouissance que celle qu'ont pris leurs auteurs.

Traduction très agréable et texte bien documenté, avec notes et éclairages, pour ne rien manquer des messages codés entre les deux coquines.

22/11/2010

LA VAGUE

Une claque.
On est au XXIe siècle, dans un lycée allemand somme toute assez ressemblant à un lycée français, mit jeunes traînant en bande, rivalités et amourettes. Et puis vient un jour où on propose à ces jeunes un atelier un peu différent des cours ordinaires.
Qu'est-ce qu'un régime autoritaire? A cette question, un prof est décidé à donner à ses élèves une réponse grandeur nature: pour décortiquer les mécanisme du système, il monte un véritable jeu de rôles dont il se fait le leader. Les choses prennent forme et s'organisent petit à petit, avec une intrigue extrêmement bien ficelée et des personnages tout à fait convaincants. Mais bientôt l'atelier déborde des quatre murs de la classe, et c'est la ligne même entre fiction et réalité qui est brouillée... Y compris pour nous spectateurs.
Un tel scénario serait-il possible aujourd'hui? Le film met le pouvoir est question. Il sonde le métier de prof, ses responsabilités, montre aussi l'influence qu'un adulte peut avoir sur des jeunes (particulièrement fragiles) et la facilité avec laquelle on peut se laisser manipuler par un discours apparemment bienveillant. Il souligne la force de l'effet de groupe et ses dangers, dont le radicalisme est souvent l'issue, rappelle enfin la difficulté à résister quand on fait partie d'une minorité: dire non, mais à quel prix? Peut-être celui de la vie.
Beaucoup de questions soulevées. Avec pour seule réponse, un appel à rester éveillé.

Film allemand de Dennis Gansel (2006).